Femme noire

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre;
la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre,
Terre promise,
du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur,
comme l’éclair d’un aigle



Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme,
sombres extases du vin noir,
bouche qui fait
lyrique ma bouche

Savane aux horizons purs,
savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Ta voix grave de contralto
est le chant spirituel de l’Aimée

Tamtam sculpté, tamtam tendu
qui gronde sous les doigts du vainqueur

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle,
huile calme aux flancs de l’athlète,
aux flancs des princes du Mali

Gazelle aux attaches célestes,
les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit
les reflets de l’or rongent ta peau qui se moire
a l’ombre de ta chevelure,
s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe,
forme que je fixe dans l’Eternel
Avant que le destin jaloux
ne te réduise en cendres
pour nourrir les racines de la vie.

Extrait de ” Oeuvres Poétiques”
Senghor

“C’est le poète africain qui a le plus su jouer avec les mots, avec les sonorités, avec les rythmes qui s’ordonnent pour donner un ensemble cohérent. Lorsque je le lis c’est tout un accord de concert que j’entends chanter !”

Djamal LAOUNODJI

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