Mauvais sort

noel on a tous
le poids d’un mot sur l’épaule
l’ellipse d’une parole donnée
verre cassé
qui remonte à l’enfance des sources

on porte tous des bleus
brèches dévorantes de l’être
habitées par le bruit d’une langue
qui ne parle que dehors

j’ai raté le train de phrase
qui traverse
mon déraillement

phrase qui m’éclaire
papillon de nuit qui se passe des lèvres

James Noël

James Noël (né en 1978 à Hinche, Haïti) est un poète “vitrier”. Ce rebelle tendre de la poésie contemporaine est l’auteur des Poèmes à double tranchant, Seul le baiser pour muselière (finaliste au Grand prix des Amériques insulaires d’Ouessant 2005) et le Sang visible du vitrier (Mention spéciale d’excellence accordée par les écrivains francophones d’Amérique (Montréal 2007). Sa poésie (il écrit en créole et en français) balance entre un hymne engagé à l’amour et la colère. Dans l’anthologie, “L’année poétique 2008”, parue chez Seghers (France) il est présenté comme une révélation de l’année.

James et Michèle
La poésie à deux? Un vrai bonheur! Librairie La Pléiade Port-au-Prince, Haïti

Il suffit de si peu pour aimer un poète…J’ai rencontré James Noël par l’intermédiaire de la musique. Une chanson à la radio, un accord de guitare et puis ces quelques paroles “Depi mwen gade pye w, m’anvi genyen lari, jwe pòtre tout vivi, yon lanmou pye atè…” C’était ‘‘Bon Nouvèl’‘ , un poème de James mis en musique avec sensibilité par Wooly St. Louis Jean. Plus tard, dans une soirée entre amis, on m’annonce que James viendra dire quelques poèmes. Je vois arriver en retard, une silhouette frêle d’adolescent, mine au front, regard sombre, cigarette au bec… l’image qu’on pourrait avoir d’un poèterebelle. Plus tard, il a dit un texte. Et sa voix de gorge, profonde, cette voix remplie de rageuse tendresse m’a moi-même prise à la gorge et m’a emportée comme un torrent emporte des pierres. Ma belle amitié avec cet être généreux, pudique et passionné, a depuis coulé claire et sans détours. Nous partageons fous rires et silences, poésie et rages. Je lui souhaite de continuer en bon vitrier, en bon artisan, à polir les sensations et aiguiser au plus vif les émotions qu’il nous transmet par sa poésie.
michèle voltaire marcelin
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