Le poète vagabond

Jean-Claude Pirotte
“Cet éternel colporteur de mélancolie sur les chemins perdus de la poésie…”
Christophe Mahy

Mine de rien, sur un air de ce n’est rien, pudiquement et sans mystère, ce petit poème d’une tonalité nostalgique dit le mal de vivre et célèbre avec ferveur un moment d’enchantement.

la poésie c’est bon
pour les oisons les oiseux les oisifs
disait mon père et tu ferais
mieux d’apprendre le code civil
moi j’apprenais le tango la biguine
à dire je t’aime en catalan
en croate en turc en polonais
aujourd’hui je ne dis plus jamais
je t’aime à personne en aucune
langue je suis là vieillissant
dans la bicoque du faubourg
frappée aussi d’alignement

sans doute le bonheur est-il farouche ainsi
que la brebis dont enfant tu voulais caresser la laine
en longeant l’étroit pré en pente oublié
sur le chemin de l’école maternelle, ne te réveille pas encore et que ta main palpe cette toison dont elle ne connaît qu’une tiédeur confuse,
les yeux clos gardent le trésor doucement
humide et recueille une dernière fois
la chanson du toucher sur tes paumes ravinées

Jean-Claude Pirotte

Ah, moi aussi, Jean-Claude, moi aussi je cherche l’éclat de beauté qui me consolera de la petitesse inouïe de l’existence quotidienne…

Jean-Claude Pirotte (1939-) :
Poète, romancier, peintre né à Namur, en Belgique. Avocat de 1964 à 1975, il est rayé du barreau pour avoir favorisé la tentative d’évasion d’un de ses clients (acte qu’il a toujours nié), et condamné à un emprisonnement auquel il se soustrait en vivant clandestinement jusqu’à la péremption de sa peine en 1981. Son écriture nous entraîne dans les plis du quotidien et les courbes des vignobles, “au fond des chais obscurs et du secret lumineux du paysage”

“Il y a longtemps, le namurois Jean-Claude Pirotte est entré en résistance. Contre la bêtise, les puritains, les pisse-vinaigre. Qui sont aussi les naufrageurs du vin, les fossoyeurs de la culture…”
Jacques Perrin

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