On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans…

rimbaudakwarelA 17 ans je griffonnais des majigridis de poèmes…Qui ne se croit poète à cet âge?Rimbaud à 17 ans se sait poète. Il écrit. Mais pas n’importe quel poème. Il écrit le plus visionnaire, le plus extraordinaire des poèmes.
Il écrit Le Bateau Ivre.

Poème prémonitoire : l’itinéraire du bateau préfigure celui de Rimbaud lui-même, qui vivra intensément son expérience de poète avant de l’abandonner définitivement à 20 ans, persuadé d’en avoir atteint les limites.

Comment imaginer que cet enfant que Verlaine décrit comme “un ange en exil avec des cheveux en désordre”, a tout écrit en l’espace de quelques années, de 16 à 20 ans? Il déclare dans sa Saison en Enfer:

” Ma journée est faite. Je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons, les climats perdus me tanneront. “
De la poésie, il dira méprisant:
“Je ne m’occupe plus de
ç
a.”

On retrouvera sa trace à Harar devenu trafiquant d’armes, il courait après une improbable fortune...L‘homme aux semelles de vent moura amputé d’une tumeur au genou à 37 ans.



J’écrivais des silences,

des nuits, je notais
l’inexprimable.
Je fixais des vertiges.
Extrait de “Une Saison
En Enfer”. 1873


Rimbaud, l’adolescent du “Bateau Ivre”Le Bateau Ivre
“………
Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin
.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème

De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ……”


Elle est retrouvée.


Quoi ? l’éternité.

C’est la mer allée

Avec les soleils.

Poème d’Arthur Rimbaud (“Roman”), 1870

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
…………
Nuit de juin! Dix-sept ans! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite, là, comme une petite bête…
Le coeur fou robinsonne à travers les romans…
Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire!…
Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.


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